Corrida: des aficionados jouissent de la mort d’un taureau sur facebook

Sabrina, militante anti-corrida qui ne cesse de mener son combat de front par le biais de l’écriture, nous décrit sa trouvaille dans les tréfonds d’internet. Aux frontières du réel, elle est tombée sur un contre-rendu posté par un reporter aficionado qui jouit d’une corrida pendant la féria de Bayonne. Ce qu’elle a lu l’a marquée profondément. Voici son récit:

Les faits se sont déroulés à Bayonne ce 14 août 2019. Il s’agissait d’une vidéo de corrida mettant en scène le matador espagnol Daniel Luque, dans un article publié par « Pito Prods Toros » (un reporter amateur de mises à mort).

Sur les images, on peut y voir le matador, seul en piste face à 6 herbivores et harnaché de son slim beige dépareillé de sang, ainsi que de ses fameuses chaussettes pimpantes roses vives, pour bien impressionner la galerie. C’est d’ailleurs cette pitre prestation qui a soulevé par la suite sur les réseaux sociaux, une montagne de propos inquiétants dont se gargarisent les aficionados.

Pour faire un topo avant-gardiste qui vous permettra de mieux comprendre ce qui va suivre, ce taureau a été estimé par ces obscènes personnages comme « Brave », « loyal » ou encore « exceptionnel. »

Et je tiens à le préciser, même lorqu’ils sont braves, et même lorsqu’ils arrivent à lutter un temps plus élevé contre ces harpons, épées et autres outils leur perforant chaire et tripes, rares sont ceux qui s’en voient « graciés ». Celui-ci a d’ailleurs payé les frais de sa pseudo « loyauté » avec tant de haine et d’acharnement, qu’il nous en restera forcément gravé.

Voici donc sans plus attendre, un premier passage du texte glorieux qui illustrait la vidéo de Pito Prods Toros sur sa page facebook:

1) « Il aurait pu, il aurait dû demander à ses banderilleros de faire vite et efficace pour faire tomber Mironcillo et parapher ainsi son triomphe. Il a préféré faire autrement ».

Pour être plus explicite : Cet « homme » aux bas de bal musette, aurait pu achever au plus vite cet animal agonisant que l’on voit, sur la vidéo, manquer d’oxygène de par une insuffisance respiratoire (liée à l’épée de l’estocade à mi-enfoncée entre le garrot de ce quadrupède.) Mais c’était bien-sûr sans compter sur le patron des lieux, qui a préféré user de ses privilèges en prolongeant la souffrance de cet animal dont le sang coule à flot par la bouche.

Deuxième passage, citée sous la vidéo (tenez-vous bien)!

2) « Laisse le mourir comme il le mérite […] Cinq mille paires d’yeux embués étaient rivés depuis deux minutes interminables sur les derniers instants de ce gros « toro » qui ne voulait pas tomber. Luque faisait signe aux quelques impatients d’attendre encore un peu. »

Ces phrases pourraient sans inconvénients préalables entrer dans le Larousse et y compléter la définition du mot : SADISME. 
Cet herbivore paisible méritait donc, entre 5000 yeux insensibles, de mourir lentement… Le ton est donné!

Donc pour régaler son public aux pupilles convalescentes d’une telle brume, qu’aucun n’a jamais réussi à y apercevoir la moindre douleur, notre cher athlète de haut niveau, imbibé de son déguisement de parade, à finalement décidé que cette attente interminable durerait encore plus.

(cf. la vidéo) : Luque s’excite, il sue. Tel un gourou au milieu de ses disciples, il parait s’envoler et ressentir une bouffée d’oxygène le menant tout droit au septième ciel.
Il touche et caresse d’un air sadique les cornes de ce pauvre taureau, qui, complètement perdu et à bout de force, pisse toujours (depuis de longues minutes) le sang de ses entrailles, et lutte incontestablement contre son funeste destin.

Tel Judas, Daniel Luque joue de son pouvoir. Devant un taureau supplicié, ce matador, pour aller encore plus loin (et pendant que l’euphorie l’habite), ne quitte pas des yeux ce ruminant qui ne rumine plus que du sang.
Il embrasse sa main et caresse hypocritement la tête de sa victime en détresse, qui continue son chemin sans fin vers le crépuscule. C’est tout bonnement insoutenable.

Troisième extrait (le plus ahurissant) du récit soulignant la vidéo de la page Pito Prods Toros:

3) « Tout ou presque va être écrit sur cet après-midi historique, sur ce « toro » de rêve et sur ce moment de grâce où « toro », toréro, musiciens, spectateurs communiaient ensemble ».

Preuve que les aficionados sont dans une réalité qui n’appartient qu’à leur dérive psychiatrique…

Ce « toro » n’a pas tellement l’air d’apprécier le moment et ni même d’avoir la moindre volonté à participer à cette mascarade. Il faut être sacrément enfermé dans sa vérité pour ne pas voir une seule seconde que cet animal est en train d’affronter sa mort (seul, sans échappatoire) et non pas de communier avec les humains et leur fanfare. Pour le commun des mortels, il n’y a certainement pas plus insultant que de lire un tel discours. L’homme en plus d’arracher sa vie à ce taureau, se permet d’assurer qu’il est « mort en paix ». On n’a jamais autant piétiné la vie…

Pas de mise à mort au montage:

Toujours est-il que le passage de la mise à mort y est coupé au montage, comme toujours. En patientant quelques secondes, c’est ce gros plan d’un visage maculé d’antipathie que l’on y voit finalement apparaître. Celui de ce torero qui tient entre ses mains l’oreille et la queue de cet animal, qui avait tant lutté pour sa vie au préalable… Et voilà, comment se termine réellement une corrida (bien loin du mensonge qu’on peut lire ci-dessous.)

Toutefois je vous laisse l’honneur de le découvrir:

Les commentaires qui suivent la publication sont bien évidemment loin, très loin de recevoir une palme d’or eux aussi. (Il faut croire que dans le monde de la tauromachie, on est bien à part dans sa tête et que ce n’est pas prêt de changer)!

En conclusion, je vous joins une citation culte du célèbre journaliste, chroniqueur, humoriste, auteur-compositeur-interprète Philippe Val, qui résume bien la chose à lui tout seul:

« Le jour ou le taureau viendra en taxi aux arènes pour jouer avec le toréador la scène dont ils auront convenue ensemble, quand le taureau se relèvera à la fin pour saluer, empochera son cachet, et s’en ira dîner au restaurant avec ses amis, on pourra parler de spectacle, de tragédie théatrale.
Dans la corrida, personne ne joue. Une bande de primates applaudit parce que le héros meurs vraiment. Bon Dieu, comment ne pas voir à quel point c’est con, con, mortellement con ! ».


Article & photo signés Sabrina.D


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