« Lunel m’a tué »: le témoignage bouleversant d’une militante anti-corrida

Dimanche à Lunel, 500 antis-corrida ont manifesté dans les rues en protestation à l’ouverture des nouvelles arènes. Après deux ans de pause, la municipalité avait en effet annoncé le retour des mises à mort dans ses arènes. Sabrina militante anti-corrida témoigne de ce qui se passait dans les arènes pendant que la manifestation se déroulait dehors.

Tout a commencé fin mars, avec une pétition lancée par une Lunelloise qui s’adressait au maire de la ville, Claude Arnaud. Le titre de la pétition était clair : « Non à la reprise de la corrida à Lunel ». En un mois, la pétition qui avait pourtant recueilli plus de 47.000 signatures, n’a pas su faire plier la municipalité.

De ce fait, le Crac Europe, une association anti-corrida s’était décidé à organiser une manifestation, dimanche 21 juillet 2019, afin de se faire entendre sur le parvis des arènes en faveur de l’abolition de cette barbarie. La manifestation avait réuni plus de 500 personnes, dont l’humoriste Rémi Gaillard, accompagné des membres de son association Anymal.

« Lunel m’a tué » – le témoignage de Sabrina, présente dans l’arène:

Pendant que Rémi Gaillard, L214, ou encore le parti animaliste étaient tous réunis autour des arènes, aux côtés de Didier Bonnet président du CRAC europe; une manifestante, elle, a eu le courage de rentrer à l’intérieur pour filmer la corrida.

Le but de la jeune femme était clair – Dénoncer en image ce massacre au coeur de ces arènes, financées par la ville de Lunel pour un montant de 10 millions d’euros.

« J’ai assisté ce 21 juillet 2019, à la corrida d’ouverture des arènes de Lunel. Ou, devrais-je plutôt dire, à un massacre à ciel ouvert. » – « Mes objectifs étaient définis : Mettre à disposition de nouveaux clichés, témoigner, relancer la polémique sur la corrida sur les réseaux, mais également dans la presse. » déclare-elle.

Sabrina, jeune militante passionnée de photographie, s’est rendue seule dans l’arène. Elle avait au préalable commandé son billet et son emplacement à la billetterie téléphonique.

« Je ne savais en aucun cas si je serais capable de supporter des visions d’horreurs sans réagir, sans permettre aux organisateur ou au public de détecter en moi le moindre signe de faiblesse. Je m’en rendais presque malade. »

Malgré tout, la jeune femme prend sur elle, consciente de sa responsabilité elle sait pertinemment qu’elle ne pourra pas sauver les taureaux face à cette foule, mais que si elle se contient, ses photos pourront témoigner en faveur de sa cause… Le supplice est affreux, mais elle tient bon.

« En scrutant le public, j’y ai aperçu beaucoup d’enfants en bas âge, suivis d’adolescents, de trentenaires, de personnes matures et plus âgées. » – « Je comptais sur les cris des militants pour me sentir moins seule mais je ne voyais ni n’entendais les manifestants, me doutant qu’ils aient sans doute été parqués dans un recoin plus isolé. » – « Je me sentais complètement perdue. J’ai tenté de me déconnecter à ce moment et de me servir de mon appareil photo comme barrière à la réalité. »

« C’est la tant attendue toréra, Léa Vicens, qui est entrée la première pour saluer le public avec son magnifique cheval ibérique. Elle faisait le show et, ébahis, elle à reçu une foule d’applaudissements. » – « Je devais me fondre dans la masse mais j’étais incapable de faire de même. Je me contentais de tenir mon appareil photo. »

« Ils ont ouvert le toril qui se trouvait face à moi. Le taureau à mis plusieurs longues secondes à en sortir. Il était magnifique. » – « Magnifique, et complètement perdu. Ses cornes étaient limées. Il ne comprenait rien à ce qui était en train de se passer et ne savait pas encore qu’il avait signé son arrêt de mort. »

Sabrina s’étonne: comment peuvent-ils vouloir la mort d’un animal aussi magestueux? Au début elle tente de photographier sa beauté, puis petit à petit, elle ne photographie plus que du sang…

« Il courait, puis s’arrêtait. Regardait à gauche, à droite, devant, derrière. Ou était donc le taureau de combat agressif dont ils parlent tous ? Ou est la terrible bête féroce ? Une chose est sûre, pas ici. »

« Totalement perturbé, c’était les hommes qui allaient le chercher pour le titiller. Léa Vincens, sur son cheval, s’amusait de lui. » Détaille alors la jeune femme.

« Il n’avait pas le choix que de courir quelques fois en direction de ce cheval, mais finissait toujours par s’arrêter, regarder ailleurs, et même reculer tout en essayant une fois de plus de comprendre. »

« Après avoir été provoqué à plusieurs reprises et durant de longues minutes, ils ont commencé le « Rejon de châtiment » (1er tercio), soit un javelot en bois prolongé par une lame de poignard, qui se détache et reste implantée dans l’animal lorsque celui ci reçois le coup, qui lui a été infligé. » – « A cet instant le taureau commençât à saigner. »

« Chaque premier coup était un choc pour le taureau, qui, surpris, sursautait, s’écartait puis cherchait d’un air affolé autour de lui ce qui avait pu lui engendrer une telle douleur. » – » Tout le monde applaudissait et des musiques entraînantes retentissaient. »

« Dans une ambiance festive et estivale, Léa Vicens continuait à fatiguer et provoquer cet animal démuni. » – « Puis, est arrivé ensuite, le moment des banderilles (second tercio), ces harpons d’acier qui, une fois enfoncées dans la chair, y restent fixées. »

« La première fut éprouvante, le taureau s’est mis à tourner rapidement la tête à gauche puis à droite, et à tourner sur lui même, se demandant ce qui pouvait lui infliger autant de douleurs. »

« Son souffle commençait à s’affoler. Il faiblissait à vue d’œil, sa poitrine bougeait à toute vitesse en même temps qu’il respirait. Affaibli par les blessures, les courses poursuites, le sang perdu, des hommes belliqueux l’appelaient et venaient le pousser à bout. Ils le faisaient tourner en bourrique. »

« Léa Vicens le provoquait, l’humiliait encore et encore, les mains levées, lui tournant le dos en faisant piaffer son cheval. Il lui arrivait de faire exécuter des révérences à son destrier après un coup sévère de banderille. » Déplore Sabrina.

Enfin est venu le moment du troisième et dernier tercio appelé le « rejon de mort. » Pour cette finale, qui consiste à achever l’animal, le « caballero » à 3 essais.

A ce moment Sabrina raconte que l’animal a commencé à pendre sa langue, et qu’elle se sentait désarmée face aux cris et aux appels aux secours de ce premier taureau.

« Je ne saurais pas décrire ce bruit, c’était effarant et ahurissant » explique t-elle. – « s’en ressentait dans ces poussées de voix, une profonde détresse. Personne n’y entendait là un appel à l’aide, ni même s’y attachait. » – Je souhaitais que ce supplice s’arrête et qu’ils l’achèvent au plus vite. »

Elle raconte ensuite que « 4-5 personnes armées d’une cape venaient le perturber à n’en plus finir. » – « l’un balançait sa cape vers la gauche, l’autre vers la droite, ce qui engendrait une perte d’équilibre chez l’animal, qui tournait dans tous les sens. »

Puis enfin, ce fut le « grand final », Sabrina voit alors Léa Vicens revenir à pied, mimant une espèce de salut à l’animal agonisant mais toujours debout avant que celui-ci de ne se couche et que la victoire de la toréra ne triomphe.

« J’ai compris que le taureau qui se couche, est le taureau qui perd. » Se désole la militante. « Il est resté planté au sol quelques instants, jusqu’à ce qu’un homme lui enfonce une lame pointue dans la nuque, en veillant à bien appuyer et à la secouer de gauche à droite. »

« Après le décès de l’animal, ce sont cris de joie, des vagues d’applaudissements et de la musique qui se sont fait entendre. »

« Mort, ou juste paralysé, ils l’ont enchaîné par les pieds et ont effectué un tour de scène, une fois de plus, sous les applaudissements. D’autres passaient le râteau comme si de rien n’était, pour accueillir le prochain taureau.  » – « C’était ahurissant. »

Une fois le premier round terminé, Sabrina raconte à travers l’intégralité de son témoignage sur sa page facebook, comment ce public antipathique s’est empressé d’oublier la mort de ce premier taureau afin de se délecter de celles des autres qui ont suivi, encore et encore, toutes plus tristes les unes que les autres.

Elle conclut son récit par « A chaque coup de banderilles, ce sont mes tripes qui se retournaient à l’intérieur de mon corps. » – « La ville de Lunel a inauguré ce jour, le retour de la corrida. La ville de Lunel fait partie des infimes communes à exposer un retour en arrière et à se contenter du massacre et de l’exploitation des animaux, au lieu d’évoluer vers des spectacles plus éthiques, plus nouveaux et plus attendus. »

« Comment, à l’aube de 2020, peut on encore permettre de telles horreurs? Comment des jeunes gens, peuvent ils apprécier ces spectacles d’un autre temps sans n’y entrevoir la moindre douleur et de déconsidérer les animaux à ce point? » S’insurge t-elle toujours.

« Les paillettes et chaussettes roses, les postures rocambolesques des toréros dans leur surpuissance imaginaire ne peuvent cacher les cris, les regards et l’agonie des animaux jusqu’à ce que mort s’en suive. »

Au public, elle demande: « Qu’allez vous nous dire? » – « Que vous respectez les animaux? Que vous aimez les animaux? » – « Espérons donc que vous n’aimez et ne respectez pas vos proches comme vous aimez et respectez les animaux. » Conclut-elle.

Vous pouvez dès à présent retrouver l’intégralité de son témoignage ici

Si vous souhaitez aider le CRAC europe et les militants antis-corrida à abolir ce « spectacle » à Lunel, vous pouvez continuer à signer la pétition en ligne.

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