Italie: deux violeurs acquittés car la victime est jugée trop « laide » pour susciter l’attraction

C’est la stupeur à Ancône en Italie, où près de 200 personnes ont manifesté devant la cour d’appel de la ville. La raison de leur colère? Deux hommes, reconnus coupables de viol en 2015, ont été finalement disculpés en appel parce que les juges ont trouvé que la victime était « trop masculine pour être violée » et donc trop « laide pour susciter l’attraction ».

Cette décision remonte déjà à 2017 mais ce n’est qu’il y a quelques jours que les motivations ont été révélées lorsque la plus haute cour d’appel d’Italie a annulé ce verdict et ordonné un nouveau procès.

Pour rappel des faits, le vendredi 8 mars (journée internationale de lutte pour les droits des femmes) a eu lieu un jugement en appel de 2017 sur une affaire de viol et dont les sentences des deux violeurs présumés avaient été initialement prononcées en 2016. Motif de ce jugement en appel? La victime, dont le nom n’a pas été divulgué par les médias, n’était « pas assez belle » pour être l’objet d’un viol « crédible ». Et manifestement, le rapport médical confirmant des lésions internes provoquées par un viol et le fait que la plaignante ait été droguée à son insu ne font pas le poids face à un tel argument. En effet, les deux hommes ont été relaxés sur ces justifications.

Des propos impensables de la part des juges:
Selon les juges, l’histoire de cette jeune fille n’était pas assez crédible car « elle ressemblait trop à un homme. » Pour arriver à une telle conclusion, les juges qui étaient toutes des femmes se sont basées sur une photographie de la victime et sur les déclarations des accusés qui assuraient qu’ils n’étaient pas attirés par elle en raison de son physique décrit comme « laid » par ces derniers. L’un d’eux avait même enregistré son numéro dans son répertoire sous le nom de ‘Viking’.

Des preuves d’un viol pourtant irréfutables:
L’avocate de la victime n’a pourtant pas manqué de rappeler que les accusés avaient mis de la drogue dans son verre (des analyses l’ayant confirmé.) Les médecins avaient d’ailleurs assuré que ses blessures étaient compatibles avec un viol. Son sang contenait également une forte dose de benzodiazépines…

Aujourd’hui face à une décision des juges aussi révoltante, les Italiens n’ont pu garder le silence! L’affaire s’est propagée sur la toile comme une traînée de poudre. Comment en 2019 peut-on encore sous-entendre qu’un viol dépend du physique de la victime et comment peut-on oser lapider ainsi le physique d’une femme, dans un tribunal?

« Violée ou pas violée car… »
Dans une société encore bien trop patriarcale, il est impensable d’imaginer que l’on pourrait se passer de féminisme en entendant des choses pareilles. « Violée parce que trop sexy », « pas violée parce que trop viking ». Cette notion de beauté qui opprime quotidiennement les femmes et sert d’argument à la culture du viol n’est que le résultat d’une masculinité toxique qui continue d’influencer la société à un tel point que même des juges féminines se mettent à desservir leur propre cause.

Pour l’avocate de la victime, hors de question d’en rester là face à cette décision qu’elle qualifie, à juste titre, de « dégoûtante ». La Cour suprême vient donc d’annoncer qu’un nouveau procès se tiendrait à Pérouse (mais n’a pas encore annoncé de date). D’où la mobilisation de plusieurs centaines de manifestantes dans la ville italienne ce lundi 11 mars. Un mouvement de soutien à la jeune femme a d’ailleurs été lancé sous le hashtag #SiamoTuttiVikingo, traduction: « nous sommes tous vikings ».

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