Flexitarisme: quand l’alimentation éthique se transforme en un business pathétique et à la mode

Qu’il s’agisse de veganisme, végétarisme ou végétalisme, en 2019, on connaît tous les motivations tout à fait louables des partisans de ces différents modes de consommation. Des régimes qui se soucient de l’éthique écologique ou animale et qui comptent à présent une nouvelle alternative alimentaire dont les motivations seraient plus marketing qu’autre chose. On l’appelle le flexitarisme.

Zoom sur cette nouvelle pratique:

Pour commencer allons à la source.
Dans le monde, il y a différents régimes éthiques, visant notamment à modifier notre consommation de viande. Parmi ces régimes, on différencie deux motivations: La première est écologique et vise à modifier sa consommation de viande pour réduire les émissions de CO2 sur la planète. La deuxième quant à elle, consiste à mettre un terme à l’exploitation animale et se veut plutôt empathique.
Parmi les différentes alternatives alimentaires, certaines personnes cessent tout bonnement leur consommation de viande pour ces deux raisons mêlées (c’est notamment le cas des végétariens, des végétaliens ou encore des vegans.) Mais en parallèle certaines personnes ne choisiraient qu’à moitié les deux, ce qui serait le cas des « flexitariens. »

En effet, dans un monde qui vit avec son temps et ou l’accès à internet et aux technologies en illimité nous ont rendus plus sensibles, plus conscients et surtout plus renseignés, il est devenu naturel pour certains de prendre position dans leurs choix de consommation.

Seulement voilà, la passion des générations actuelles pour un monde meilleur et des modes de vie plus militants, a vite fait « tilt » dans les idées marketing des grands lobbys qui au lieu de se laisser écraser, redoublent d’efforts pour vendre et produire encore plus de daube.

Et c’est là que la schizophrénie commence:
Toutes les enseignes du lobby de la viande tentent de s’approprier le bâton qui les bat pour en faire un atout face à certains consommateurs. Ayant conscience de déranger en raison de leur impact écologique ou de leurs traitements antipathiques envers les animaux, ces enseignes essayent tant bien que mal de garder des clients dans leur poche, malgré la crise écologique.

Du coup pendant que certains consommateurs prennent tout juste conscience de l’importance du veganisme pour sauver la planète et les animaux, d’autres revendiquent cette prise de conscience naissante, tout en cherchant à échapper aux « règles végé. » C’est le cas des flexitariens! Une nouvelle espèce d’êtres humains modérément empathiques qui débarquent avec un nouveau mode d’alimentation à la bouche! Un régime inventé par le lobby de la viande, qui loin de se laisser abattre a décidé d’inventer son propre mouvement alimentaire pour contrer les vegans.

Le flexitarien c’est quoi?
Créé en effet de toute pièce par le lobby de la viande, ce régime consiste à être un peu ce qu’on veut. Il s’adresse aux personnes conscientes de l’impact écologique et éthique de leur alimentation, mais qui avec une certaine souplesse et un certain flexitarisme, peuvent très bien se passer de viande une semaine et puis consommer un bon steak de « qualité » le lendemain.

Un mot original pour charmer des consommateurs en quête d’originalité. En réalité ce terme séduit toutes les personnes qui sont en quête d’une identité alimentaire dans une crise identitaire et écologique. Il séduit le consommateur en lui lavant la conscience à propos de son impact écolo, car pour lui « vaut mieux être moins responsable que complètement engagé! » Voilà à quoi aspire le flexitarien. C’est un végétarien à mi-temps, un hipster de l’alimentation.

Un phénomène vraiment nouveau?
Tout à coup le mot « flexitarien » fait surface dans les débats et dans la pub à la tv, alors qu’en réalité il n’y a rien de neuf. Ce n’est qu’une illusion marketing qui joue sur un contexte de transition alimentaire.

En effet, d’après le lobby de la viande, cette nouvelle tendance ferait de plus en plus d’adeptes. 13% des Français de 15 ans et plus et 20% des 25-30 ans déclarent «préférer manger de la nourriture végétarienne» 23% ont tendance à manger le moins de viande possible, sans pour autant renoncer totalement à l’alimentation d’origine animale, un chiffre en hausse de 7 points ces dernières années, ce qui laisse croire que le flexitarisme se développe. Hors, ce n’est pas si simple.

Explications:
Parmi les flexitariens, il y a deux types: Ceux qui réduisent leur consommation de viande car ils sont dans une transition alimentaire vers un régime végétal, notamment pour des raisons écologiques et empathiques vis à vis des animaux. Et ceux qui ne voudront jamais sauter le pas du totalement végétal, revendiquant le droit de consommer de la viande de qualité mais qui par souci écologique en consomment moins.

Le problème c’est que parmi ces deux types de flexitariens, certains d’entre eux risquent d’évoluer vers un régime végétal et sont juste dans une transition provisoire. Pour ces gens, la notion de flexitarisme est nocive car elle vient les stopper dans leur élan.

L’idée marketing est simple:
Le terme « flexitarisme » a pour but de déculpabiliser le consommateur en l’encourageant à rester à moitié dans le camp du lobby de la viande.
En effet les gens mangent moins souvent de viande et de plus en plus de substituts, mais la stratégie marketing des pros viande, c’est qu’au lieu d’admettre la transition que sont en train d’opérer ces consommateurs ou au lieu de tout simplement les pousser à stopper définitivement la viande, il vaut mieux leur insuffler l’idée que « c’est pas grave si il ne vont pas au bout, l’essentiel c’est d’aller au moins jusqu’à la moitié. »

Pourquoi cette pensée est un problème?
Le problème ce n’est pas de manger mieux. La vraie question serait plutôt: est-ce qu’il est nécessaire de mettre un nom sur chaque pratique alimentaire? Pourquoi dès qu’une personne décide de manger « mieux » il faut la glorifier et lui donner un nom systématique? Le peuple a-t-il besoin de ça pour s’engager? Tout le monde veut sa petite étiquette pour se démarquer. Y a t’il besoin de renommer les omnivores en fonction de leur rythme de consommation de viande et de la qualité de cette dernière? Consommer moins de viande c’est bien, mais c’est pas un régime nouveau. Si vous consommez de tout en petite quantité et en qualité, vous êtes quand-même un omnivore. Appelons un chat un chat, ou est le mal? Un omni qui mange mieux, c’est juste un omni qui mange mieux. Pas besoin de jouer au jeu du marketing.

Alors mieux vaut manger moins de viande ou plus du tout?
En soi le souci ce n’est pas de manger moins de viande. Vous avez tout à fait le droit de vous engager à votre niveau et d’ailleurs les scientifiques encouragent vivement les gens à réduire leur consommation de viande si ils ne se sentent pas capables de l’arrêter. Hors le souci c’est d’encourager l’appellation du flexitarisme trop tôt dans une société qui s’apprêtait à faire de plus grands efforts.

En effet, au début d’une ère ou il devient urgent de stopper l’élevage, la présentation du fléxitarisme comme une mode pourrait ralentir la perspective d’un monde sans viande pour se contenter d’un monde avec « peu de viande. » Dans un sens comme dans l’autre, moins on en mangera, mieux le monde se portera. Mais entre nous, plus il y aura de vegans par rapport aux flexitariens, plus la pollution engendrée par l’élevage sera réduite. Mais bon, vous faites ce que vous voulez…!

Un combat qui fait débat:
Heureusement cette stratégie marketing n’a pas berné tout le monde. Le fait qu’on parle de flexitarisme dans une publicité télévisée et la présence d’un stand « flexitarien » au salon de l’agriculture, a donné de la matière à écrire aux médias. Depuis quelques jours on ne parle que de « mode alimentaire », « stratégie marketing », pas de quoi donner du sens à ce régime si ce n’est celui d’une grossière approche commerciale ou d’une mode éphémère. Les animalistes ne se sont d’ailleurs pas fait attendre pour réagir à cette provocation et à ce jour leur avis sur le flexitarisme a pris le dessus face aux arguments séducteurs du lobby de la viande. De là à savoir si le fléxitarisme a un avenir? Seul le futur nous le dira…

La seule chose qu’il faut retenir dans ce mouvement alimentaire, c’est qu’on ne transforme pas les idées en une mode, ni en une marque. Surtout quand il s’agit de l’avenir de notre planète. Il est important de ne pas se laisser transformer en produit marketing pour des lobbys qui se moquent de la crise écologique. Il faut faire attention à ne pas être victime du système en devenant soi-même un argument de consommation. Ou alors si on décide de se coller une étiquette, il faut penser à rester crédible.

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